SINOPOEMS
Language
🌐 Language
FAVORIS
To bookmark this poem:
Press Ctrl + D (Windows) or ⌘ + D (Mac).

Trois beautés charmantes : Contemplant la pluie de printemps et les chatons de saule

La brume étire ses voiles sur les tuiles d'azur.
Sous l'avant-toit ensoleillé que fouette un vent soudain, les chatons de saule volent comme une écume.
Une cithare de brocart gît muette à travers le lit ;
je songe aux larmes séchées, aux ombres de poussière, et aux cordes de phénix abandonnées.
Lasse, je soulage de mes mains les rideaux de gaze aux crochets de corne,
et rêve trop souvent des fiers destriers des grands seigneurs.
Je n'ose nommer l'amour, mais retiens mes soupirs secrets
en rajustant ma robe pour voir ma taille amoindrie.
Que la nuit est longue et triste en cette tour du sud !
Je revois les stores d'émeraude, les lanternes suspendues, et nos chants joue contre joue.
J'erre à nouveau près des avenues du Chameau de Bronze,
par ces vieilles ruelles où j'avais conquis ma renommée.
Hélas, le vent d'est emporte ma peine
avec les fleurs oisives qui meurent sur la branche.
Je garde en mon cœur les traits de Cui Hui,
et peins son image en silence dans ma chambre close.
煙光搖縹瓦。
望晴檐多風,柳花如灑。
錦瑟橫牀,想淚痕塵影,鳳弦常下。
倦出犀帷,頻夢見、王孫驕馬。
諱道相思,偷理綃裙,自驚腰衩。
惆悵南樓遙夜。
記翠箔張燈,枕肩歌罷。
又入銅駝,遍舊家門巷,首詢聲價。
可惜東風,將恨與、閒花俱謝。
記取崔徽模樣,歸來暗寫。
yān guāng yáo piǎo wǎ
wàng qíng yán duō fēng, liǔ huā rú sǎ
jǐn sè héng chuáng, xiǎng lèi hén chén yǐng, fèng xián cháng xià
juàn chū xī wéi, pín mèng jiàn, wáng sūn jiāo mǎ
huì dào xiāng sī, tōu lǐ xiāo qún, zì jīng yāo chà
chóu chàng nán lóu yáo yè
jì cuì bó zhāng dēng, zhěn jiān gē bà
yòu rù tóng tuō, biàn jiù jiā mén xiàng, shǒu xún shēng jià
kě xī dōng fēng, jiāng hèn yǔ, xián huā jù xiè
jì qǔ cuī huī mú yàng, guī lái àn xiě
La lumière de brume secoue les tuiles émaillées bleues.
Contemplant les avant-toits ensoleillés beaucoup de vent, les fleurs de saule comme dispersées.
Cithare de brocart horizontale sur le lit, pensant aux traces de larmes ombres de poussière, les cordes de phénix souvent abaissées.
Fatiguée de sortir des rideaux de lit en corne de rhinocéros, rêvant fréquemment de, chevaux arrogants de prince.
Cachant dire le désir mutuel, ajustant furtivement la jupe de soie, s'étonnant elle-même de la boucle de ceinture.
Mélancolie tour sud nuit lointaine.
Se souvenant des stores d'émeraude accrochant des lanternes, épaule d'oreiller chant terminé.
Entrant de nouveau dans le Chameau de Bronze, partout les vieilles portes et ruelles de famille, interrogeant d'abord la réputation et le prix.
Pitoyable le vent d'est, prenant le haine avec, fleurs oisives ensemble se fanant.
Se souvenant de l'apparence de Cui Hui, revenant peignant secrètement.

I. Architecture poétique formelle et métrique

Ce poème lyrique suit le modèle du Ci des Song connu sous le nom de Trois beautés charmantes, une forme métrique en strophes doubles comprenant quatre-vingt-dix-neuf caractères répartis sur des longueurs de vers inégales. La structure prosodique exige une modulation précise entre les tons réguliers et fléchis pour obtenir une cadence fluide et incantatoire. Le schéma des rimes change délicatement au fil des strophes, passant de rimes à ton régulier dans les vers d'ouverture à des rimes à ton fléchi qui accentuent l'urgence émotionnelle dans la seconde moitié. Shi Dazu utilise des structures parallèles internes et de subtils échos verbaux à travers les césures structurelles, créant une texture acoustique de longue-vue soutenue et de plainte feutrée.

II. Chronologie historique et élan existentiel

Composé sous la dynastie des Song du Sud dans l'environnement culturel prospère et mélancolique de Lin'an, ce poème capture les sensibilités raffinées et l'inquiétude poignante de la vie lettrée élitiste. Shi Dazu, renommé pour sa maîtrise exquise de la musique tonale et de l'imagerie sensorielle, médite sur la nostalgie urbaine, les attachements romantiques perdus et la nature éphémère de la beauté métropolitaine. L'élan existentiel du poème naît du contraste aigu entre les rues animées et indifférentes de la capitale et le confinement solitaire et intérieur de l'amante abandonnée, reflétant le déplacement historique plus large de l'élite des Song du Sud.

III. Exégèse vers par vers et déchiffrement des allusions

Le poème s'ouvre sur une esquisse atmosphérique expansive qui se resserre progressivement en un confinement intime et psychologique, avant de s'ouvrir à nouveau vers les souvenirs de la capitale urbaine.

  • Vers 1-2 (Couplet d'ouverture) : Le premier vers établit un champ visuel chatoyant avec la brume secouant les tuiles émaillées, immédiatement suivi au deuxième vers par l'énergie cinétique des avant-toits ensoleillés pris dans le vent et des chatons de saule qui se dispersent.
  • Vers 3-4 (Premier tournant antithétique) : L'attention se déplace vers l'intérieur de la chambre abandonnée, où la cithare de brocart horizontale évoque une musique absente, des traces de larmes et des cordes poussiéreuses.
  • Vers 5-6 (Second tournant antithétique / Climax) : Le poids psychologique s'intensifie alors que la locutrice s'éveille des rideaux fatigués pour rêver de chevaux aristocratiques, dissimulant son long désir tout en constatant son déclin physique.
  • Vers de clôture : Le poème se conclut par une allusion artistique poignante à Cui Hui, la célèbre courtisane, transformant le chagrin brut en un acte silencieux de portrait et de mémoire.

IV. Symbolisme culturel et métaphores clés

L'imagerie de ce poème lyrique est profondément saturée des topoï littéraires traditionnels de la dynastie des Song.

  • Chatons de saule : Servant d'emblème principal de la beauté éphémère et du déplacement flottant, les pétales dispersés reflètent la nature transitoire de l'amour humain et le passage incontrôlable du temps.
  • Rues du Chameau de Bronze : Faisant allusion aux avenues impériales de l'ancienne capitale des Song du Nord à Luoyang, cette référence spatiale invoque une profonde nostalgie historique et la douleur durable de la séparation d'avec la gloire passée.

De plus, la référence littéraire à Cui Hui, la courtisane célèbre dont le portrait était chéri par son amant, élève le récit personnel en une exploration universelle de la préservation artistique contre les ravages du temps.

V. Noyau philosophique et résonance globale

En son cœur philosophique, ce poème synthétise la réalisation bouddhiste poignante de l'impermanence avec les sensibilités profondément enracinées du confucianisme et du daoïsme envers la fidélité émotionnelle et le chagrin temporel. Shi Dazu capture la tragédie humaine universelle du désir de ce qui est irrémédiablement perdu, transformant le chagrin personnel en un monument durable d'art lyrique. Le poème résonne à travers les siècles parce qu'il s'adresse directement à la fragilité de l'attachement humain et à la dignité silencieuse de retenir la mémoire au milieu de l'érosion implacable des saisons qui passent.

Lien copié dans le presse-papiers !