SINOPOEMS
Language
🌐 Language
FAVORIS
To bookmark this poem:
Press Ctrl + D (Windows) or ⌘ + D (Mac).

Les difficultés de la route : I

Coupes de jade au vin ambré, dix mille sapèques le bol;
Ces mets rares offerts pour moi, je les laisse sans un vol.
Je pose ma coupe, jette mes baguettes, contemple l'horizon,
Et tire mon épée pour errer — perdu sans nul pardon.
Je veux passer le Fleuve Jaune, mais les glaces le retiennent;
Je veux gravir le mont Taihang, mais les neiges le soutiennent.
Pourtant Jiang Shang pêchait en paix au bord du cours sacré,
Et Yi Yin vers l'astre du jour voguait en son songe rêvé.
Qu'elles sont dures les voies du monde ! Qu'elles sont dures les voies du monde !
Tant de sentiers à la croisée — où donc est mon foyer ?
Mais viendra l'heure où les grands vents sauront l'écume briser,
Et je tendrai mes blanches voiles pour la mer azur traverser.
金樽清酒鬥十千,玉盤珍羞直萬錢。
停杯投筯不能食,拔劒四顧心茫然。
欲渡黃河冰塞川,將登太行雪滿山。
閑來垂釣碧溪上,忽復乘舟夢日邊。
行路難,行路難,多岐路,今安在。
長風破浪會有時,直掛雲帆濟滄海。
jīn zūn qīng jiǔ dòu shí qiān, yù pán zhēn xiū zhí wàn qián.
tíng bēi tóu zhù bù néng shí, bá jiàn sì gù xīn máng rán.
yù dù huáng hé bīng sāi chuān, jiāng dēng tài háng xuě mǎn shān.
xian lái chuí diào bì xī shàng, hū fù chéng zhōu mèng rì biān.
xíng lù nán, xíng lù nán, duō qí lù, jīn ān zài.
cháng fēng pò làng huì yǒu shí, zhí guà yún fān jì cāng hǎi.
Gobelet d'or vin pur dix mille sapèques, plat de jade mets rares valant dix mille pièces.
Posant la coupe jetant les baguettes incapable de manger, tirant l'épée regardant tout autour le cœur égaré et vaste.
Désirant traverser le fleuve Jaune la glace bloque les torrents, s'apprêtant à gravir le Taihang la neige remplit les montagnes.
Dans le loisir venant pêcher sur le ruisseau azur, soudain de nouveau naviguant en bateau rêvant du côté du soleil.
Difficultés de la route, difficultés de la route, tant de chemins divergents, où sont-ils à present?
Les vents longs fendant les vagues il y aura un temps, pendant droit les voiles de nuage pour traverser la mer d'azur.

I. [Forme poétique et métrique]

Ce poème est écrit dans le style yuefu, un ancien genre poétique issu des bureaux de musique populaire que les lettrés des Tang adoptèrent pour exprimer une vaste gamme émotionnelle libérée de toute contrainte. Originellement calqué sur des mélodies populaires, ce morceau s'affranchit des règles tonales rigides de la poésie réglementée contemporaine, oscillant rapidement entre des mètres pentasyllabiques, heptasyllabiques et des vers courts au rythme brisé. Cette fluidité métrique reflète les tourments psychologiques du poète, passant d'une frustration explosive à une réflexion méditative pour enfin s'élever vers une résolution triomphante.

II. [Chronologie historique et élan existentiel]

Composé au milieu du VIIIe siècle, durant la brève et frustrante période où Li Bai officiait à l'Académie Hanlin à Chang'an sous le règne de l'empereur Xuanzong, ce poème reflète son amère désillusion face à la politique de cour. Écarté par des courtisans envieux et des rivaux politiques par le biais de manœuvres subtiles, Li Bai fit l'expérience de l'effondrement soudain de ses ambitions étatiques. La crise existentielle d'un érudit talentueux rejeté par le mécénat impérial nourrit la tension thématique de l'œuvre entre action contrariée et destinée cosmique.

III. [Exégèse vers par vers et décodage des allusions]

Le poème retrace un arc émotionnel fulgurant allant de l'abondance sensorielle à la paralysie psychologique, suivies d'une récupération spirituelle et d'un triomphe visionnaire ultime.

  • Vers 1-2 (Couplet d'ouverture) : Le poème s'ouvre sur l'imagerie extravagante du luxe, contrastant un faste somptueux avec la profonde aliénation spirituelle du poète.
  • Vers 3-4 (Premier tournant antithétique) : Les actions physiques du désespoir — interrompre la coupe, jeter les baguettes, et tirer l'épée — dépeignent un esprit confiné dans un enfermement claustrophobique.
  • Vers 5-6 (Second tournant antithétique / Climax) : Les rivières gelées et les montagnes enneigées infranchissables extériorisent les barrières géographiques et politiques qui étouffent les ambitions du poète.
  • Vers de clôture : L'invocation des sages historiques ayant attendu leur appel précède un magnifique crescendo de résilience, culminant dans la déclaration immortelle de la conquête de la mer d'azur.

IV. [Synthèse esthétique et résonance poétique]

Le cœur philosophique du poème réside dans la synthèse du devoir civique confucianiste et de la spontanéité transcendante du daoïsme. Alors que l'éthique confucéenne exige un service actif envers l'État, le poids écrasant de la corruption impériale pousse l'esprit vers le détachement daoïste et la perspective cosmique. Les vers conclusifs transcendent la défaite temporelle, offrant un hymne universel à tout esprit humain affrontant des obstacles insurmontables avec un courage inébranlable.

Lien copié dans le presse-papiers !