SINOPOEMS
Language
🌐 Language
FAVORIS
To bookmark this poem:
Press Ctrl + D (Windows) or ⌘ + D (Mac).

Difficultés de la route : Partie II

La grande grand-route s'étend comme le ciel d'azur,
Et moi seul je suis banni de pouvoir la franchir.
Je dédaigne de courir après les jeunes gens des rues de Chang'an,
À parier coqs rouges et chiens blancs pour des poires et des châtaignes.
Je frappe mon épée et entonne un chant d'amertume,
Traîner mes pans de robe aux portes des nobles blesse mon âme.
Le marché de Huaiyin jadis a bafoué Han Xin,
Tandis que les hauts ministres des Han couvaient Jia Sheng du regard.
N'as-tu pas vu comment l'antique Yan honora jadis Guo Kui,
Balayant le sol et s'inclinant bas sans le moindre doute ?
Ju Xin et Yue Yi ont payé de retour la grâce de leur souverain,
Répandant cœur et entrailles pour servir avec un éclat sans pareil.
À présent, les os blanchis du roi Zhao s'emmêlent aux herbes sauvages,
Et qui donc demeure pour balayer la Terrasse d'Or ?
Lourdes sont les voies du monde, ardue la route—
Mieux vaut retourner chez soi, mieux vaut s'en aller.
大道如青天,我獨不得出。
羞逐長安社中兒,赤雞白狗賭梨慄。
彈劒作歌奏苦聲,曳裾王門不稱情。
淮陰市井笑韓信,漢朝公卿忌賈生。
君不見昔時燕家重郭隗,擁篲折腰無嫌猜。
劇辛樂毅感恩分,輸肝剖膽效英才。
昭王白骨縈蔓草,誰人更掃黃金臺。
行路難,歸去來。
dà dào rú qīng tiān, wǒ dú bù dé chū.
xiū zhú cháng ān shè zhōng ér, chì jī bái gǒu dǔ lí lì.
dàn jiàn zuò gē zòu kǔ shēng, yè jū wáng mén bù chēng qíng.
huài yīn shì jǐng xiào hán xìn, hàn cháo gōng qīng jì jiǎ shēng.
jūn bù jiàn xī shí yàn jiā zhòng guō kuí, yōng huì zhé yāo wú xián cāi.
jù xīn lè yì gǎn ēn fēn, shū gān pǒu dǎn xiào yīng cái.
zhao wáng bái gǔ yíng màn cǎo, shuí rén gèng sǎo huáng jīn tái.
xíng lù nán, guī qù lái.
La Grande Voie est comme le ciel bleu, moi seul ne puis sortir. Honteux de poursuivre les jeunes gens des rues de Chang'an, coq rouge chien blanc pariant poires châtaignes. Piquant l'épée faisant une chanson jouant des sons amers, traîner les robes aux portes nobles ne convient pas aux sentiments. Le marché de Huaiyin s'est moqué de Han Xin, les hauts ministres de la dynastie Han ont craint Jia Sheng. Ne vois-tu pas l'ancienne famille Yan valorisant Guo Kui, tenant le balai courbant la taille sans soupçon ni méfiance. Ju Xin et Yue Yi ont ressenti la part de gratitude, versant le foie tranchant la vésicule biliaire rendant un talent héroïque. Les os blancs du roi Zhao s'entrelacent dans les mauvaises herbes grimpantes, quelle personne balaie encore la Terrasse d'Or. Les routes du voyage sont dures, retourne-t-en et va-t'en.

I. Architecture poétique formelle et métrique

Ce chef-d'œuvre appartient à la tradition ancienne des ballades du bureau de la musique, connue sous le nom de vers Yuefu, et plus précisément au style de chant heptasyllabique irrégulier. Contrairement aux vers réglementés strictement contraints, ce genre permet de violentes variations de métrique, des enjambements abrupts et de dynamiques élans émotionnels. Le schéma des rimes évolue avec fluidité, capturant les rythmes erratiques de la frustration et de l'ambition fulgurante qui caractérisent le génie lyrique inégalé de Li Bai.

II. Chronologie historique et impulsion existentielle

Composé durant le passage tumultueux de Li Bai à la cour impériale de Chang'an sous le règne de l'empereur Xuanzong, le poème reflète la profonde désillusion du poète face à la politique de la cour. Frustré par les mesquines intrigues des aristocrates corrompus et des eunuques qui l'écartèrent de la véritable administration de l'État, Li Bai canalise son exil existentiel à travers les archétypes historiques classiques du génie rejeté, choisissant finalement le départ volontaire plutôt qu'un compromis avilissant.

III. Exégèse vers par vers et décodage des allusions

Le poème se déploie à travers une brillante progression, allant de l'obstacle cosmique à la lamentation historique et au repli psychologique.

  • Vers 1-2 (Couplet d'ouverture) : Le locuteur oppose l'immensité sans bornes de la Voie cosmique à son enfermement immédiat, méprisant les divertissements vulgaires de la jeunesse urbaine dissolue dans la capitale.
  • Vers 3-4 (Premier tournant antithétique) : Li Bai exprime son profonde aliénation envers la culture du mécénat, invoquant des figures historiques de grandeur marginalisée telles que Han Xin et Jia Sheng.
  • Vers 5-6 (Second tournant antithétique / Climax) : Le poème élargit sa perspective historique pour invoquer le roi Zhao de Yan et sa confiance absolue en des ministres méritants, déplorant le déclin du véritable mécénat impérial.
  • Vers de clôture : Le désespoir initial face aux routes impraticables se résout dans le geste taoïste intemporel du retrait, faisant écho à l'appel de Tao Yuanming à rentrer chez soi.

IV. Synthèse esthétique et résonance poétique

Le poème déploie de denses allusions historiques et mythologiques pour ancrer les griefs personnels du poète au sein d'une grande tradition culturelle. La Terrasse d'Or symbolise l'idéal ultime du mécénat monarchique éclairé, où les souverains recherchaient et honoraient activement les hommes de talent. L'épée et le chant représentent l'intégrité martiale et érudite inflexible du lettré-fonctionnaire, vibrant de frustration face à un monde insensible.

Lien copié dans le presse-papiers !