SINOPOEMS
Language
🌐 Language
FAVORIS
To bookmark this poem:
Press Ctrl + D (Windows) or ⌘ + D (Mac).

Chant des belles dames

Le troisième jour du troisième mois fait naître un ciel nouveau,
Près des eaux sinueuses de Chang'an, passent les belles sans fard.
Leur port est riche, leur esprit lointain, sincère et pur,
La texture de leur chair est fine, leurs membres d'un bel accord.
Leurs robes de gaze brodées captent la fin du printemps,
Où s'entrelacent l'or battu et les qilin d'argent.
Sur leurs têtes, quel miracle retient ces lourdes tresses ?
Des feuilles de martin-pêcheur pendent en grappes drues.
Et dans leur dos, quelle vision s'offre au regard curieux ?
Leurs tailles s'ajustent par la grâce de lourdes perles ceintes.
Parmi elles s'avancent les proches des chambres aux parfums,
Revêtues de hauts titres par la grâce du souverain :
Les dames de Guo et Qin, des grands états souverains.
Une bosse de chameau pourpre fume en un plat de jade,
Et les poissons d'argent scintillent sur le cristal.
Leurs baguettes d'ivoire lasstées s'attardent sans toucher,
Tandis que l'acier aiguisé cisèle en vain les mets.
Les cavaliers eunuques passent sans soulever de poussière,
Et les cuisines royales livrent leurs mets somptueux.
Flûtes et tambours gémissent d'un chant à émouvoir les dieux,
Tandis que la foule des courtisans encombre les avenues.
Mais qui sont ceux qui arrivent, hésitants sur leurs montures,
Pouvant soudain pied pour fouler les coussins de brocart ?
Les chatons de saule tombent comme neige sur les lenticules,
Et les oiseaux de bleu vêtus emportent leurs songes rouges.
Telle est l'ardeur de leur pouvoir, brûlante et sans pareille :
Gare à qui s'approche de trop près, de peur du courroux du Premier Ministre.
三月三日天氣新,長安水邊多麗人。
態濃意遠淑且真,肌理細膩骨肉勻。
繡羅衣裳照暮春,蹙金孔雀銀麒麟。
頭上何所有?翠微㔩葉垂鬢脣。
背後何所見?珠壓腰衱穩稱身。
就中雲幕椒房親,賜名大國虢與秦。
紫駞之峯出翠釜,水晶之盤行素鱗。
犀筯厭飫久未下,鸞刀縷切空紛綸。
黃門飛鞚不動塵,御廚絲絡送八珍。
簫鼓哀吟感鬼神,賓從雜遝實要津。
後來鞍馬何逡巡,當軒下馬入錦茵。
楊花雪落覆白蘋,青鳥飛去銜紅巾。
炙手可熱勢絕倫,慎莫近前丞相嗔。
sān yuè sān rì tiān qì xīn,
cháng ān shuǐ biān duō lì rén.
tài nóng yì yuǎn shū qiě zhēn,
jī lǐ xì nì gǔ ròu yún.
xiù luó yī shang zhào mù chūn,
cù jīn kǒng què yín qí lín.
tóu shàng hé suǒ yǒu?
cuì wēi yè chuí bìn chún.
bèi hòu hé suǒ jiàn?
zhū yā yāo jiá wěn chèn shēn.
jiù zhōng yún mù jiāo fáng qīn,
cì míng dà guó guó yǔ qín.
zǐ tuó zhī fēng chū cuì fǔ,
shuǐ jīng zhī pán háng sù lín.
xī zhù yàn yù jiǔ wèi xià,
luán dāo lǚ qiē kōng fēn lún.
huáng mén fēi kòng bù dòng chén,
ù chú sī luò sòng bā zhēn.
xiao gǔ āi yín gǎn guǐ shén,
bīn cóng zá tà shí yào jīn.
hòu lái ān mǎ hé qūn xún,
dāng xuān xià mǎ rù jǐn yīn.
yáng huā xuě luò fù bái pín,
qīng niǎo fēi qù xián hóng jīn.
zhì shǒu kě rè shì jué lún,
shèn mò jìn qián chéng xiàng chēn.
Troisième mois troisième jour temps nouveau, Chang'an eau bord beaucoup belles dames. Manières riches esprit distant raffiné pourtant vrai, texture de peau délicate os chair réguliers. Vêtements de gaze brodés brillent fin de printemps, paons tissés d'or qilin d'argent. Sur tête qu'y a-t-il? Feuilles de martin-pêcheur pendent bord tempes. Derrière qu'aperçoit-on? Jupes de taille serrées par perles s'ajustent bien au corps. Parmi eux paravent de nuages parents de la chambre au poivre, titres conférés grands états Guo et Qin. Bosse de chameau violet sort de chaudron de jade, plat de cristal charrie écailles blanches. Baguettes de rhinocéros rassasiées lasses longtemps non abaissées, couteaux de luan hachant finement en vain emmêlés. Rênes volantes de porte jaune ne bougent pas de poussière, cuisine impériale liée de soie livre huit délices. Flûtes et tambours chantant plaintivement émeuvent fantômes et dieux, invités et suite se pressant sur les passages clés. Plus tard arrivant selles chevaux combien hésitants, devant le hall descendant de cheval entrant sur nues de brocart. Fleurs de saule neige tombant couvrent lenticules blanches, oiseaux bleus s'envolent tenant foulards rouges. Toucher la main peut chauffer pouvoir sans égal, attention ne pas approcher colère du Premier Ministre.

I. Architecture poétique et métrique

Ce chef-d'œuvre appartient au genre ancien des chants du bureau de la musique, les Yuefu, composé en vers heptasyllabiques irréguliers dont le rythme varie dynamiquement pour refléter les tensions émotionnelles. Écrit durant les années de misère de Du Fu à Chang'an, le poème emploie des rimes mobiles et l'enjambement plutôt que le contrepoint tonal rigide de la poésie réglementée ultérieure. La tension structurelle repose sur une fresque visuelle ascendante allant de la beauté physique extérieure à l'hédonisme aristocratique, pour culminer dans un avertissement politique saisissant au couplet final.

II. Chronologie historique et élan existentiel

Composé vers 753 sous l'ère Tianbao de la dynastie Tang, le poème capture le zénith décadent du pouvoir impérial sous l'empereur Xuanzong et sa favorite Yang Guifei. Le paysage politique était dominé par des favoris aristocratiques corrompus, notamment le Premier ministre Yang Guozhong et ses sœurs, qui exerçaient une influence démesurée sur la cour. Du Fu, réduit à la pauvreté et dans l'attente d'un patronage officiel dans la capitale, observa cet étalage ostentatoire avec une profonde indignation morale et un sombre pressentiment de la catastrophe de la rébellion d'An Lushan, qui éclaterait trois ans plus tard.

III. Exégèse ligne par ligne et décodage des allusions

Le poème se déroule à travers un ample mouvement cinématographique, passant des festivités printanières publiques à la corruption de la cour privée, pour s'achever sur une vigoureuse admonestation morale.

  • Vers 1-2 (Couplet d'ouverture) : Le premier vers campe un idyllique festival de purification printanière, tandis que le second introduit immédiatement les femmes aristocratiques rassemblées au bord de l'eau.
  • Vers 3-4 (Premier tournant antithétique) : Les vers 3 et 4 établissent la perfection physique par un parallélisme exquis, contrastant la finesse de la peau avec des proportions corporelles harmonieuses.
  • Vers 5-6 (Second tournant antithétique / Climax) : Les vers 5 et 6 ciblent l'opulence matérielle, décrivant des robes brodées scintillant de bêtes mythiques d'or et d'argent sur fond de fin de printemps.
  • Vers de clôture : Le couplet final assène un réquisitoire politique dévastateur, avertissant les simples citoyens de se tenir à l'écart de la puissance aveuglante et périlleuse du clan au pouvoir.

IV. Synthèse esthétique et résonance poétique

Ancré dans la responsabilité morale confucianiste, le poème constitue une dénonciation intransigeante de la corruption politique et de l'inégalité sociale. Du Fu fusionne le réalisme documentaire et une ironie mordante, avertissant que le pouvoir politique absolu détaché de la vertu engendre sa propre destruction. La résonance universelle de cette œuvre réside dans son courage inébranlable à témoigner de l'injustice, immortalisant l'éternelle friction entre la puissance mondaine arrogante et la fragile moralité humaine.

Lien copié dans le presse-papiers !